Les cimetières de Villejuif : entre mémoire et avenir
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Deux cimetières, deux histoires et des enjeux communs. À Villejuif, ces lieux de recueillement abritent un patrimoine parfois méconnu et évoluent pour mieux accueillir les familles. Visites historiques, végétalisation, accompagnement du deuil, nouvelles capacités funéraires : tour d’horizon des transformations engagées et des projets à venir.
Le cimetière principal de Villejuif fête en 2026 ses 200 ans. Celui des Pommiers, ancien cimetière hospitalier, possède une histoire plus singulière et un cadre largement végétalisé. À eux deux, ils racontent une partie de l’histoire de Villejuif et de ses habitants. Mais leur rôle ne se limite pas à conserver la mémoire des défunts. Ils accueillent chaque jour des familles, des professionnels du funéraire et des visiteurs venus découvrir leur patrimoine.
Depuis janvier 2025, Arthur Gaillot du Maurier dirige le service funéraire, cimetières et soutien au deuil de la Ville. Avec son équipe, il travaille à mieux faire connaître ces lieux et à améliorer leur fonctionnement. « Beaucoup d’habitants ne connaissent pas ce lieu et, grâce aux visites que nous proposons depuis deux ans, ça commence à prendre », constate-t-il.
Deux cimetières, deux histoires
Le cimetière principal, situé entre le centre-ville et le parc des Hautes-Bruyères, a accueilli ses premières inhumations en 1826. Sur 4,5 hectares, il abrite plus de 10 000 tombes. Certaines appartiennent à des personnalités qui ont marqué la commune, d’autres témoignent de parcours plus anonymes.
Le cimetière des Pommiers, dont l’entrée se situe au 70, avenue Paul-Vaillant-Couturier, s’étend sur 2,5 hectares. Créé à la fin du XIXe siècle, il était autrefois lié à l’asile devenu l’hôpital Paul-Guiraud et à l’ancien hospice devenu l’hôpital Paul-Brousse. Des patients et des personnes démunies y étaient notamment inhumés. Ouvert au public dans les années 1970, il a progressivement été transformé en cimetière paysager.
Cette histoire est encore en partie à reconstituer. Arthur Gaillot du Maurier a retrouvé des photographies aériennes et des plans anciens qui permettent de mieux comprendre l’organisation du site. Des sondages ont également révélé la présence de restes humains dans plusieurs secteurs. Ces recherches pourraient contribuer à mieux documenter l’histoire des personnes autrefois inhumées aux Pommiers.
Des visites pour découvrir un patrimoine méconnu
Les cimetières sont aussi des lieux de découverte. Depuis son arrivée, Arthur Gaillot du Maurier a développé des visites historiques, patrimoniales et écologiques ouvertes au public. En 2025, douze visites ont réuni plus de 250 participants.
Ces rendez-vous permettent d’aborder l’histoire locale à travers les sépultures, les monuments et les parcours des personnes qui y reposent. Les recherches menées dans les archives ont notamment permis de retrouver les tombes de trois infirmières villejuifoises mortes pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Une nouvelle sépulture leur a été consacrée le 8 mars 2026.
Six projets de restauration de tombes remarquables ont par ailleurs été jugés éligibles par la Fondation du patrimoine. Un partenariat avec les élèves sculpteurs de l’école des Beaux-Arts de Villejuif est également envisagé.
Aux Pommiers, le carré militaire créé en 1919 constitue un autre témoignage de l’histoire. Des soldats de confessions différentes y reposent côte à côte. « On a côte à côte la croix catholique et la tombe musulmane, parce que c’étaient des frères d’armes », souligne Arthur Gaillot du Maurier. Sa préservation et sa valorisation font partie des réflexions engagées, notamment en lien avec le ministère des Armées.
Plus de nature dans les cimetières
Les deux cimetières présentent des paysages très différents. Aux Pommiers, la végétation occupe une place importante. Certains tilleuls ont près de 130 ans et des ruches sont installées sur le site. Un inventaire des arbres et de nouvelles plantations adaptées aux sécheresses sont à l’étude.
Au cimetière principal, historiquement plus minéral, l’enjeu est notamment de développer des espaces ombragés pour les visiteurs et les cortèges funéraires. Des plantations ont déjà été réalisées et d’autres aménagements sont envisagés.
Cette évolution suppose aussi d’adapter l’entretien des cimetières. La végétation spontanée, favorisée par l’abandon des produits phytosanitaires, peut susciter des incompréhensions chez certains usagers. Les services municipaux travaillent à concilier les exigences écologiques avec les attentes des familles, notamment en matière de propreté et de cheminement.
Un service pour accompagner les familles
La gestion des cimetières ne se limite pas à l’entretien des sépultures ou aux recherches historiques. Elle comprend aussi l’accueil des familles, les démarches administratives et l’accompagnement des personnes confrontées à un décès.
Devenu un service à part entière à la rentrée 2026, le service funéraire, cimetières et soutien au deuil compte actuellement trois personnes : Arthur Gaillot du Maurier, son responsable, et deux agents. Un quatrième agent doit prochainement rejoindre l’équipe pour renforcer l’accueil et le traitement des démarches liées aux concessions.
Le service accueille le public au 19, rue Édouard-Vaillant. Les familles peuvent notamment y obtenir des informations sur les concessions funéraires, leur renouvellement ou les démarches liées à une inhumation. Il répond également à des demandes de recherches historiques et généalogiques.
Les locaux sont en cours d’aménagement afin d’améliorer les conditions d’accueil. Un espace informatique accompagné doit notamment permettre aux personnes peu familières des démarches numériques d’effectuer leurs formalités.
Mais au-delà des procédures, Arthur Gaillot du Maurier insiste sur la dimension humaine de ce travail. « On n’est pas forcément obligé de dire quelque chose. Il faut juste montrer qu’on est là pour les gens », explique-t-il. Une attention particulière est portée aux personnes endeuillées, qui peuvent avoir besoin d’être écoutées et orientées dans leurs démarches.
Service Funéraire, Cimetières et de Soutien au Deuil
Adresse :
19 rue Edouard Vaillant
Quelles possibilités pour les familles ?
Les deux cimetières accueillent différentes formes de sépultures. Le cimetière des Pommiers dispose notamment d’un carré musulman et d’un espace cinéraire comprenant des columbariums, destinés à recevoir les urnes funéraires, et un jardin du souvenir pour la dispersion des cendres.
Les familles qui souhaitent obtenir des renseignements sur les possibilités d’inhumation ou les concessions disponibles peuvent s’adresser au service funéraire municipal.
Pour les recherches de sépultures anciennes, le service peut également s’appuyer sur les registres, les plans et les archives conservés par la Ville.
Comment préparer l'avenir ?
Avec plus de 300 inhumations par an, Villejuif doit faire face à une raréfaction des emplacements disponibles. La reprise de concessions, réalisée dans le cadre des procédures réglementaires, permet de libérer certaines places, mais ne suffit pas à répondre aux besoins à long terme.
La construction d’un nouvel ossuaire, destiné à accueillir les restes mortels issus notamment des reprises de sépultures, et l’installation de nouveaux columbariums ont été validées. Ces équipements permettront d’adapter progressivement les capacités d’accueil à l’évolution des pratiques funéraires.
Un travail de cartographie numérique a également été engagé à partir de relevés réalisés par drone. Il doit améliorer la connaissance des deux sites et pourrait, à terme, faciliter la recherche et la localisation des sépultures.
À plus longue échéance, la question de nouvelles capacités funéraires reste posée dans une commune où les terrains disponibles sont rares. La création éventuelle d’un troisième cimetière fait partie des pistes évoquées, mais aucune décision n’est arrêtée à ce stade.
Préserver les tombes anciennes, accompagner les familles, développer la place de la nature et anticiper les besoins futurs : les cimetières de Villejuif doivent aujourd’hui concilier leur rôle de lieux de mémoire avec les évolutions de la ville.