Canicule : comment adapter la Ville aux chaleurs de demain ?

Les vagues de chaleur vont devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Pour les villes, l’enjeu est désormais de s’adapter : espaces publics, écoles, bâtiments, végétalisation… À Villejuif, cette transformation est déjà engagée.

Des événements plus si exceptionnels

Les canicules qui touchent désormais régulièrement la France ne sont plus des événements exceptionnels. Les projections climatiques annoncent des étés plus chauds, des vagues de chaleur plus fréquentes et davantage de nuits durant lesquelles les températures resteront élevées. Un phénomène particulièrement sensible dans les zones urbaines denses.

Pour les collectivités, l’enjeu n’est donc plus seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il faut aussi adapter des villes conçues pour un autre climat.

Transformer la Ville

Végétaliser et créer davantage d’ombre, désimperméabiliser les sols, adapter les bâtiments et mieux prendre en compte le confort d’été : les leviers sont multiples et concernent aussi bien l’espace public que le patrimoine municipal.

À Villejuif, cette évolution est notamment visible dans les écoles. Sept cours ÉVEIL avaient déjà été aménagées et deux nouvelles l’ont été cet été 2026 dans les groupes scolaires Louis-Pasteur et Maximilien-Robespierre. Leur transformation permet de réduire la place du bitume au profit de sols plus perméables, de la végétation et d’espaces ombragés.

Autre chantier, la rénovation énergétique de l’école Marcel-Cachin, achevée cet été 2026 également, doit permettre d’améliorer le confort thermique des élèves et des personnels en hiver comme pendant les fortes chaleurs.

Des investissements à financer

Adapter la ville représente cependant un investissement important pour les collectivités.

Créé en 2023, le Fonds vert constitue l’un des principaux dispositifs de l’État pour accompagner leurs projets de transition écologique. Son enveloppe s’établit à 837 millions d’euros en 2026, après avoir été sensiblement réduite depuis son lancement. Le dispositif finance notamment des projets d’adaptation au changement climatique et de rénovation des bâtiments publics.

Les communes peuvent également rechercher des financements auprès d’autres partenaires, notamment la Métropole du Grand Paris ou la Banque des Territoires. La capacité à mobiliser ces cofinancements et à programmer les investissements sur plusieurs années devient donc un enjeu majeur.

Habitants : des conseils gratuits

L’adaptation concerne aussi les logements et les espaces privés. Isolation, protections contre le soleil, ventilation ou végétalisation peuvent notamment améliorer le confort pendant les périodes de forte chaleur.

À Villejuif, les habitants qui souhaitent rénover ou adapter leur logement peuvent bénéficier gratuitement des conseils du CAUE du Val-de-Marne. Des permanences consacrées à l’architecture, à l’énergie et au paysage sont organisées régulièrement dans la ville.

Paroles d'experts

« Penser le confort d’été dès la conception »

Odile Pécheux, conseillère énergie au Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) du Val-de-Marne 

« Face au changement climatique, il faut distinguer deux notions : l’atténuation et l’adaptation. L’atténuation consiste à limiter les émissions de carbone pour que le réchauffement de demain soit moins important. L’adaptation, c’est apprendre à vivre avec ce climat qui change, à l’échelle d’un bâtiment comme à celle d’une ville.

Sur le bâti, il faut d’abord limiter le plus possible les apports de chaleur avant d’installer des systèmes actifs comme la climatisation. Si on met la climatisation dans un bâtiment très vitré, sans protection solaire et sans isolation de toiture, elle ne va évidemment pas consommer de la même manière que dans un bâtiment où l’on a déjà limité l’échauffement.

Il faut donc réfléchir à l’isolation, notamment des toitures, aux baies vitrées et à leur orientation, aux protections solaires ou encore à la ventilation. Mais il faut également regarder l’environnement autour du bâtiment. Plus les sols sont perméables, végétalisés et ombragés, plus on va limiter l’échauffement. L’ombre est importante pour les personnes qui sont dehors, mais également pour protéger les bâtiments et leurs façades.

Les arbres font partie des solutions, mais ils doivent s’inscrire dans une stratégie plus globale. Si l’on plante des arbres mais que l’on conserve de grandes baies vitrées exposées au sud sans brise-soleil ou une toiture mal isolée, le bâtiment continuera à beaucoup chauffer.

Pour une collectivité, l’une des priorités est donc de repérer les “bouilloires thermiques”, ces bâtiments dans lesquels il peut faire plus chaud à l’intérieur qu’à l’extérieur, afin de déterminer ceux qu’il faut traiter en priorité. On ne peut pas adapter l’ensemble d’une ville du jour au lendemain. Il faut identifier les écoles et les bâtiments publics les plus surchauffés et avancer progressivement.

Et il faut penser le confort d’été dès que l’on engage une rénovation importante. Quitte à investir, autant faire les bons choix immédiatement plutôt que de devoir intervenir de nouveau quelques années plus tard. »

« Les canicules d’aujourd’hui deviendront la norme »

Claire Peyet-Feber, responsable de la cible Collectivités territoriales et référente adaptation au changement climatique à l’ADEME Île-de-France 

« Les canicules sont appelées à devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses. À Villejuif, située dans la petite couronne parisienne, le nombre de nuits chaudes, durant lesquelles la température ne descend pas sous les 20 °C, va fortement augmenter. C’est un facteur particulièrement important pour la santé car l’organisme a besoin de la baisse des températures nocturnes pour récupérer.

L’adaptation est donc une nécessité à court et moyen termes. Pour rafraîchir efficacement une ville, trois grands leviers ont démontré leur efficacité.

Le premier est l’ombrage. Les arbres, mais aussi les ombrières artificielles lorsque l’on ne peut pas planter, permettent de bloquer le rayonnement solaire direct et d’éviter qu’il ne chauffe les sols et les façades.

Le deuxième est l’évapotranspiration. Les végétaux utilisent l’eau et la rejettent sous forme de vapeur, ce qui contribue au rafraîchissement de l’air ambiant. La végétation ne joue donc pas seulement un rôle esthétique : elle participe directement au confort thermique.

Le troisième levier est l’albédo, c’est-à-dire la capacité d’une surface à réfléchir le rayonnement solaire. Une chaussée ou une toiture très sombre absorbe davantage la chaleur. Utiliser des revêtements plus clairs permet au contraire d’en réfléchir une partie.

Mais l’adaptation ne repose pas uniquement sur les collectivités. Les habitants ont également un rôle important à jouer. Végétaliser une cour ou un jardin, préserver des sols perméables, gérer l’eau lorsqu’on en a la possibilité ou adopter les bons gestes pendant les périodes de chaleur : toutes ces actions contribuent, à leur échelle, à rendre la ville plus résiliente. »

« Concevoir aujourd’hui les bâtiments du climat de demain »

Luc Poux, architecte à Paris, qui a conçu l'EHPAD Antoine de Saint-Exupéry (résidence Arpage) de Villejuif :  

« Les règles de confort été/hiver de l’architecture bioclimatique sont connues et expérimentées depuis très longtemps et pourtant elles ne sont pas exploitées – ou si peu.

La multiplication des épisodes de canicule nous oblige aujourd’hui à remettre cette question au centre de la conception architecturale. Un bâtiment ne peut plus seulement répondre aux besoins immédiats ou être conçu en fonction du coût de sa construction : il faut réfléchir à la manière dont il sera habité dans dix, vingt ou trente ans et aux conditions climatiques auxquelles il sera confronté.

Les épisodes récents pourraient ainsi nous conduire à ne plus construire des bâtiments dépouillés sur l’autel du “vite et pas cher”. Concevoir un bâtiment adapté suppose de réfléchir dès l’origine à son orientation, à sa relation au soleil, aux protections dont il dispose et, plus largement, à la manière dont son architecture permet d’assurer le confort de ceux qui l’occupent.

L’enjeu est donc de retrouver une approche dans laquelle le confort d’été n’est pas corrigé après coup, une fois que le bâtiment surchauffe, mais intégré dès sa conception. »

les permanences gratuites du CAUE à Villejuif

Le Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) du Val-de-Marne propose plusieurs permanences gratuites pour les habitants. 

  •  Permanences architecte conseil (les mardis après-midi)
  • Permanences paysage conseil (les deuxièmes mercredi après-midi du mois)

Où ? Service urbanisme, 2 Esplanade Pierre-Yves Cosnier

  • Permanences sur la maîtrise de l'énergie (2e et 4e jeudi du mois, l’après-midi) 
  • Où ? Maison de la transition écologique, 40 rue René-Hamon

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