Faire comprendre ce que vivent les gens enfermés
Contrôleure générale des lieux de privation de liberté depuis 2020, Dominique Simonnot achèvera son mandat de six ans en octobre prochain. Le 15 septembre, elle sera à Villejuif pour un temps d’échange et de réflexion autour du podcast Les Enfermé·es. Une série documentaire sonore, coproduite par le CGLPL et Making Waves, récemment récompensée à New York par un Gold Tower du New York Festivals Radio Awards, dans la catégorie « Human Rights » (Droits de l’Homme).
En quoi consiste concrètement votre mission de Contrôleure générale des lieux de privation de liberté ?
Ma mission est de contrôler que les droits fondamentaux des personnes enfermées sur décision administrative ou judiciaire sont respectés. Inutile de vous dire qu’ils ne le sont pas toujours… Ma mission est également de faire connaître leur sort.
Nous le faisons notamment à travers nos rapports. Après la visite des lieux, un rapport est publié : tout ce que nous faisons est public. Mais nous avons constaté que, malgré les rapports, malgré les interviews, notre travail et la réalité de ces lieux restaient difficiles à appréhender pour le grand public. Avec le podcast Les Enfermé·es, nous avons voulu rendre les choses plus accessibles et faire comprendre ce que vivent les personnes enfermées.
Pourquoi avoir choisi le podcast et qu’apporte la parole des personnes que l’on y entend ?
L’idée m’est venue une nuit. Je me suis dit : nous sommes les seuls à pouvoir entrer dans ces lieux-là, c’est idiot de ne pas en faire quelque chose d’autre, de différent, où l’on entende à la fois la voix des gens qui sont enfermés et celle de ceux qui les gardent ou qui les soignent.
Ce qui est intéressant, c’est que les gens racontent eux-mêmes des choses très concrètes. Ce que cela fait d’être plusieurs à aller aux toilettes dans une cellule, par exemple. Ce que cela fait de ne plus avoir de portable : une jeune femme raconte qu’elle continue à l’entendre sonner alors qu’elle ne l’a plus depuis deux jours, comme un membre fantôme. Ou encore ce que cela signifie d’avoir mal aux dents et de devoir attendre six mois avant un rendez-vous chez le dentiste. Je pense que ce sont des choses qui peuvent parler à tout le monde.
On entend aussi les surveillants raconter leur travail, rendu extrêmement difficile par la surpopulation carcérale. Nous en avons rencontré qui ont 130, parfois 200 détenus à surveiller dans une coursive. C’est une tâche impossible, en tout cas incompatible avec cette fonction de réinsertion que les surveillants ont toujours rêvé d’avoir.
Je n’aime pas opposer les détenus et les surveillants. Il arrive que des détenus « débloquent », il arrive aussi que des surveillants « débloquent », mais, en général, les surveillants sont plutôt des facteurs de paix.
Votre mandat, commencé en 2020, s’achèvera en octobre. Qu’aimeriez-vous qu’il ait durablement fait évoluer ?
On souhaite toujours laisser quelque chose, mais ce serait un peu prétentieux de le dire ainsi. Moi, ce que je souhaite d’abord, c’est : longue vie au CGLPL ! J’ai compris à quel point, si nous n’étions pas là pour dire certaines choses, personne ne les dirait.
Beaucoup de choses s’améliorent après notre passage. Mais il demeure des problèmes énormes. En prison, c’est notamment la surpopulation carcérale. Et en psychiatrie, la sous-dotation et la désertification médicale.
Le CGLPL doit continuer à faire connaître ces réalités et à rappeler les droits fondamentaux des personnes privées de liberté, qu’elles se trouvent en prison, dans un hôpital psychiatrique, un centre de rétention ou dans les autres lieux que nous contrôlons.
Médiathèque Elsa-Triolet. Mardi 15 septembre à 19h. Adultes, gratuit.